La richesse, l'indépendance et la sécurité d'un pays semblent être matériellement liées à la prospérité des manufactures. Chaque nation devrait s'efforcer de posséder en elle-même tout ce qui est essentiel à son approvisionnement national.

Alexander Hamilton
Cliquer ici
Une nation qui ne peut pas fabriquer, extraire, transporter ou raffiner ce dont elle a besoin cède progressivement sa force et sa souveraineté à d'autres.

Scott Bessent (Secrétaire au Trésor américain)
Articles récents
Catégories

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Le TER, image vivante de la transformation structurelle du Sénégal.

Le Train Express Régional (TER), n’est pas seulement un moyen de transport. Le TER, c’est bien plus qu’un train : c’est une métaphore de ce que doit devenir notre économie. Il illustre le chemin que le Sénégal doit emprunter pour atteindre la transformation structurelle, celle qui mène vers le progrès durable, la productivité et la dignité économique. Le concept de transformation structurelle désigne le passage d’une économie fondée sur des activités à faible productivité – souvent agricoles ou informelles – vers une économie diversifiée, industrialisée et orientée vers les services modernes. Au Sénégal, ce processus trouve une parfaite illustration emblématique dans le TER. Au-delà d’un simple projet de transport, le TER symbolise le saut qualitatif que le pays cherche à accomplir : passer d’une logique de rattrapage à une logique de création et d’efficacité.

1. Le TER, symbole du passage de l’ancien au moderne

Pendant longtemps, le Sénégal a fonctionné dans un système de débrouillardise : les cars rapides, les routes encombrées, les pertes de temps quotidiennes. Cela reflétait une économie où chacun faisait de son mieux, mais sans vision d’ensemble. Avant l’arrivée du TER, la mobilité urbaine à Dakar reposait sur des modes de transport vétustes et informels. Les cars rapides, taxis et minibus, bien qu’essentiels, représentaient une organisation inefficace, coûteuse et polluante. Cette situation illustre le blocage structurel d’une économie dépendante de solutions de court terme.
Point de vue de l’économiste Avant le TER : une économie à bas rendement et à faible connectivité Avant le lancement du TER, les transports dans la région de Dakar reposaient essentiellement sur :
  • Les cars rapides, Ndiaga Ndiaye et minibus souvent vétustes ;
  • Des routes saturées, allongeant considérablement les temps de trajet ;
  • Des coûts économiques indirects élevés (perte de productivité, stress, pollution, accidents, etc.).
Sur le plan économique, cela illustre :
  • Une infrastructure insuffisante pour soutenir une urbanisation rapide ;
  • Une économie informelle dominante, peu efficace mais omniprésente ;
  • Un modèle de croissance extensif, tiré par la consommation plutôt que par la productivité.
Aujourd’hui, le TER marque une rupture. Nous entrons dans une nouvelle ère : celle de l’efficacité, de la planification, de la technologie et de la qualité. Le Sénégal montre qu’il peut concevoir et gérer des infrastructures de niveau international. Ce changement n’est pas seulement matériel, il est mental : il traduit une nouvelle manière de penser le développement. Avec le TER, la mobilité s’est accrue. Cette notion de mobilité – qui signifie plus d’échanges, de fluidité, de gain de temps – traduit une hausse de la productivité qui est un élément essentiel de la transformation structurelle. En reliant Dakar à Diamniadio et l’aéroport international Blaise Diagne (AIBD) prochainement, Le TER réduit les coûts de transport, désenclave des zones périphériques et favorise la productivité urbaine. C’est donc une métaphore du passage d’un modèle d’ajustement à un modèle de transformation.
Point de vue de l’économiste Le TER : une infrastructure moderne et intégrée Avec le TER, on passe à une logique complètement différente :
  • Modernisation technologique : introduction d’un train électrique, automatisé et à haute fréquence ;
  • Intégration urbaine : connexion entre le cœur de Dakar et les nouvelles zones économiques de Diamniadio et de l’aéroport ;
  • Qualité de service : régularité, sécurité, confort et ponctualité.
Sur le plan économique, le TER symbolise :
  • Le passage d’une économie d’ajustement à une économie de transformation ;
  • La création d’infrastructures productives qui soutiennent la croissance à long terme ;
  • La réduction des coûts de transaction (temps, énergie, logistique) – un gain direct de compétitivité.

2. Le TER comme modèle de transformation économique

Observons bien : le TER relie les hommes, les territoires et les opportunités. Il connecte Dakar, cœur économique du pays, à Diamniadio – pôle industriel et administratif – et bientôt l’aéroport international Blaise Diagne. C’est exactement ce que doit faire notre économie : relier les secteurs, créer des chaînes de valeur, faciliter les échanges. Grâce au TER, des milliers d’emplois ont été créés, des entreprises locales ont été impliquées et une nouvelle culture de compétence technique est née. C’est cela, la transformation structurelle : passer d’une économie de survie à une économie de production. Cette transformation structurelle ne se limite pas seulement à l’amélioration des infrastructures ; elle implique une intégration des territoires et des acteurs économiques. Le TER a favorisé la création de nouveaux pôles d’activités autour de ses gares, l’installation d’entreprises à Diamniadio et la mobilité de la main-d’œuvre. Ainsi, il agit comme un catalyseur d’industrialisation et de diversification économique. Le Sénégal ne se contente plus de consommer, il produit, planifie et connecte. C’est là l’essence d’une économie émergente.
Point de vue de l’économiste Effet d’entraînement sur les autres secteurs Le TER ne transporte pas seulement des passagers : il transporte une nouvelle logique de développement. Il a entraîné :
  • La restructuration urbaine autour des gares (logement, commerces, services) ;
  • Le désenclavement économique de périphéries ;
  • Des emplois directs et indirects (construction, maintenance, sécurité, nettoyage, restauration, commerce, etc.) ;
  • L’émergence d’un écosystème industriel local (partenariats techniques, formation de techniciens ferroviaires, etc.).
C’est une image concrète de la diversification économique : l’économie ne reste plus confinée à quelques secteurs traditionnels (agriculture, commerce informel), mais s’ouvre à des filières industrielles et technologiques.

3. Une leçon pour notre avenir

Le TER nous enseigne que la transformation ne se décrète pas, elle se construit. Elle demande de la vision, de la rigueur et du courage politique. Elle exige que nous croyions en notre capacité à produire de la qualité, ici, en Afrique. Chaque fois que nous voyons le TER passer, souvenons-nous qu’il représente notre ambition collective : avancer ensemble, vite et durablement, vers un Sénégal souverain, juste et prospère. Enfin, le TER incarne une volonté politique de long terme. Son financement mixte, l’implication d’acteurs publics et privés et la gestion locale (via SENTER) traduisent une montée en compétence institutionnelle. Cette gouvernance moderne est un préalable essentiel à toute transformation structurelle durable.
Point de vue de l’économiste La logique du « saut qualitatif » Avant, le système reposait sur une logique d’adaptation – réparer l’ancien, gérer la pénurie, bricoler. Avec le TER, on passe à une logique de rupture :
  • On investit massivement dans le futur ;
  • On anticipe les besoins plutôt que de les subir ;
  • On impose un standard international dans un environnement africain.
Cette attitude incarne le type de mentalité économique nécessaire à la transformation structurelle : passer d’une économie de rattrapage à une économie de projection et de création. La transformation structurelle en miroir
Avant (économie traditionnelle) Après (logique TER / économie émergente)
Informalité, transport artisanal Formalisation, gestion moderne et technologique
Contrainte et lenteur Fluidité, connectivité et efficacité
Croissance quantitative (plus de travail) Croissance qualitative (plus de productivité)
Dépendance aux importations Développement de compétences locales
Vision à court terme Vision planifiée et prospective
 

Conclusion

En somme, le TER n’est pas seulement un train : c’est le train du changement. Il transporte avec lui une idée forte – celle que le Sénégal peut et doit transformer sa structure économique pour bâtir un avenir prospère. Si nous appliquons la même logique dans nos industries, notre agriculture, notre éducation, alors notre pays tout entier prendra la même direction : celle du développement structurel, durable et souverain. Le TER dépasse le statut d’infrastructure de transport pour devenir un symbole national de modernité économique. Il illustre comment une économie peut se transformer lorsqu’elle investit dans la productivité, la technologie et la planification. En d’autres termes, le TER montre la voie d’une émergence fondée sur la mobilisation des ressources internes, la création de valeur et la maîtrise du futur. Le TER montre que le Sénégal peut concevoir, financer, construire et exploiter une infrastructure complexe, avec des partenaires internationaux mais aussi une implication locale. C’est le prototype de ce que devrait devenir l’économie sénégalaise : « Passer d’une économie qui subit le retard à une économie qui construit l’avenir. » Les champions du sérieux … Chaque jour, c’est le même spectacle grandiose : la voie enregistrée n’a pas encore fini que, déjà, les voyageurs se métamorphosent en athlètes olympiques : sprinteurs, boxeurs, lutteurs, stratèges – tout y passe. A la gare de Dakar, une foule compacte de voyageurs court, se bouscule, sacs en main, visages crispés, prêts à tout pour … trouver une place assise. L’objectif est clair : trouver une place assise, pas sauver la patrie, pas inventer une startup, pas réformer l’Etat. Non. Juste … s’asseoir. Certains courent comme s’ils voulaient remporter un prix. D’autres ont même calculé leur « meilleur point de départ » pour battre les autres à la porte du wagon. On se pousse, on se repousse, on se bouscule, on calcule les portes. Certains auraient pu construire le TER à eux seuls, vu l’énergie déployée pour attraper une banquette en plastique. Et là, on se prend à rêver : Si ce même sérieux, cette même rigueur, cette ponctualité de champion étaient mis dans le travail, l’éducation, la santé, les entreprises, le commerce, la gestion publique, eh bien, le Sénégal aurait peut-être été développé depuis longtemps. Mais non. Une fois assis, le héros redevient philosophe : « De toute façon, rien ne bouge ici ! ». Pendant ce temps, le train file, pas celui du progrès, hein. Mais celui où tout le monde s’est battu pour ne rien faire … mais assis. Quand il s’agit d’avoir une place assise, on devient tous champions de productivité ! Quand il s’agit de faire avancer le pays, on attend que quelqu’un nous la garde !  

Dr. Madaniou DIEME

Laboratoire de recherches économiques et monétaires (LAREM) Université Cheikh Anta DIOP (UCAD)