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La richesse, l'indépendance et la sécurité d'un pays semblent être matériellement liées à la prospérité des manufactures. Chaque nation devrait s'efforcer de posséder en elle-même tout ce qui est essentiel à son approvisionnement national.

Alexander Hamilton
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Une nation qui ne peut pas fabriquer, extraire, transporter ou raffiner ce dont elle a besoin cède progressivement sa force et sa souveraineté à d'autres.

Scott Bessent (Secrétaire au Trésor américain)
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Chronique du Franc CFA : Histoire, Débats et Perspectives (1)

Le Franc CFA fait de plus en plus l’objet de sorties dans les media de la part de personnes qui se présentent en qualité d’experts de l’économie, de la finance de la sociologie ou de la politique. Il va sans dire que la monnaie a des fonctions qui relèvent de ces différentes sphères à la faveur de l’histoire, voire de la géographie, pour ce qui concerne particulièrement le Franc CFA. Il ressort des interventions enregistrées ces dernières années, une volonté affichée de rupture ou d’appel à la « révolution », au nom de la souveraineté politique, économique et monétaire. Pour ce dernier aspect, l’on peut retenir, avec les enseignements de l’histoire, le rôle que les responsables de la Zone FCFA ont jusqu’ici donné à la monnaie commune comme moyen de résistance à la tendance à la balkanisation de la sous-région. Spécialement, le Traité instituant l’Union économique et monétaire (UEMOA) a été adopté avant l’entrée en vigueur de la dévaluation en janvier 1994. En dehors de ce rappel, je voudrais revenir sur trois ordres de questions, non pas par rapport à l’histoire, mais pour la valeur qu’ils recèlent présentement et pour le futur.
    1. D’abord, le rattachement du FCFA à l’euro et le mécanisme qui le matérialise à travers le compte d’opérations et la constitution de réserves en devises à l’effet d’assurer la couverture de l’émission monétaire.
Le dépôt de réserves de l’Union dans le compte d’opérations trouve sa justification dans l’engagement que prend la France à soutenir le taux auquel s’échange un euro en FCFA entre deux changements de valeur. C’est cet engagement de la France qui fait que le FCFA ne connait pas d’attaques de la part des spéculateurs, même pendant les périodes de baisse des réserves disponibles. En effet, les attaques des spéculateurs contre une monnaie constituent des signaux qui préviennent que les instituts d’émission concernés ne disposent plus de réserves de devises suffisantes pour défendre le taux de change officiel. En d’autres termes, quand les Autorités monétaires déclarent que 655,957 FCFA égalent 1 euro, elles s’engagent en même temps à remettre 1 euro à tout détenteur de 655,957 FCFA qui le demande. Mais surtout, une attaque contre une monnaie en régime de change « fixe », est déclenchée, quand les spéculateurs anticipent une dévaluation en cas de fonctionnement normal de forces du marché, pour cause de faible niveau des réserves disponibles. L’on ne fait donc pas preuve de cohérence quand, dans les débats, l’on remet en cause à la fois le compte d’opérations et la constitution de réserves suffisantes pour la couverture de l’émission monétaire.
    • Le deuxième sujet sur lequel je voudrais revenir est celui de souveraineté monétaire.
Il est souvent associé à celui de la souveraineté politique et économique alors que même aux Etats-Unis, en Chine et dans l’Union Européenne, la question se pose plutôt en termes d’indépendance de la Banque centrale. Cela est valable pour la BCEAO comme pour les Banques centrales de pays non-membres d’une Union monétaire. L’enjeu fondamental est devenu d’assurer une gestion des variables monétaires qui n’entravent pas l’expansion de la création de richesses pour excès d’inflation, notamment. Que ce soit pour le pays le moins avancé ou pour la première puissance mondiale, l’expérience à travers le monde indique deux voies : (i) ou bien on édicte des règles qu’appliquent les Autorités monétaires ; (ii) ou bien on laisse à celles-ci la discrétion d’ajuster à chaque fois que de besoin les variables de politique monétaire. Pour ce qui est de la BCEAO, des experts désignés par les Etats ou intuitu personae donnent leur avis dans le cadre du Comité de Politique monétaire, aux Autorités qui décident. Parmi les 15 membres du Comité de Politique monétaire, on compte un expert de la Banque de France.
    • Le troisième et dernier sujet sur lequel je voudrais revenir est celui du rôle du franc CFA dans notre politique d’émergence.
Le sujet fait débat parce que, semble-t-il, il y aurait un arbitrage à faire entre inflation et croissance en fonction des régimes de change en place. Tant et si bien que ceux qui considèrent que le FCFA est une monnaie de riche, retiennent en fait que la stabilité des prix serait un luxe pour les pays de la zone. Alors que nous considérons que la stabilité des prix permet à ceux qui font preuve de productivité, de créer plus de richesses et d’en jouir effectivement, la valeur de la monnaie étant préservée. En tout état de cause, le développement du secteur réel à long terme répond à des réformes structurelles qui relèvent de la politique d’investissement et des politiques sectorielles que mettent en œuvre les Etats, comme dans le cadre de la Vision Sénégal 2050.

Dr. Madaniou DIEME

Laboratoire de recherches économiques et monétaires (LAREM) Université Cheikh Anta DIOP (UCAD)