Le Franc CFA est souvent présenté comme une monnaie « forte » en Afrique francophone, notamment en raison de sa parité fixe avec l’euro et de sa stabilité relative par rapport à d’autres devises africaines. Cette perception alimente des débats sur ses effets économiques, son impact sur la compétitivité et son influence sur le développement des pays qui l’utilisent.
Le tableau montre le taux de change moyen (monnaie locale par USD) pour la période 2015-2024. Plus ce chiffre est bas, plus la monnaie est « forte » par rapport au dollar américain. Or, le Franc CFA (UEMOA + CEMAC) affiche un taux de 587,1, ce qui le place loin derrière les monnaies les plus « fortes » du continent (Tunisie, Libye, Ghana, Maroc, etc.), et même au-delà de la 30
e place.
- Le Franc CFA n’est pas une monnaie « forte » en valeur absolue
- Comparaison régionale : De nombreuses monnaies africaines ont un taux de change inférieur à celui du Franc CFA par rapport au dollar, ce qui signifie qu’elles sont plus « fortes » en termes de pouvoir d’achat externe.
- Position dans le classement : Le Franc CFA est devancé par des monnaies de pays à la fois francophones (Tunisie, Maroc) et non francophones (Ghana, Botswana, Égypte, etc.).
- La « force » d’une monnaie ne se limite pas au taux de change
- Stabilité vs. valeur : Le Franc CFA est réputé pour sa stabilité, due à son arrimage à l’euro, mais cela ne signifie pas qu’il a une « valeur élevée » sur le marché des changes. Sa stabilité limite la volatilité, mais pas la surévaluation ou la sous-évaluation structurelle.
- Pouvoir d’achat interne : Un taux de change nominal ne reflète pas nécessairement la force réelle d’une monnaie en termes de pouvoir d’achat local, ni sa capacité à soutenir la compétitivité des exportations ou à protéger contre l’inflation.
- La question de la surévaluation du Franc CFA
- Surévaluation structurelle : Certains économistes estiment que le Franc CFA est surévalué non pas parce qu’il est « fort » par rapport au dollar, mais parce que sa parité fixe ne reflète pas la compétitivité réelle des économies qui l’utilisent. Cela peut pénaliser les exportations et favoriser les importations, freinant ainsi le développement industriel.
- Effets sur le coût de la vie : La stabilité du Franc CFA peut maintenir les prix des importations relativement bas, mais elle peut aussi rendre les produits locaux moins compétitifs, ce qui affecte le tissu économique des pays concernés.
- Le mythe de la monnaie forte
- Confusion fréquente : Assimiler une monnaie stable à une monnaie forte est une erreur courante. La stabilité du Franc CFA est assurée par le Trésor français et l’ancrage à l’euro, mais sa « force » relative reste modérée à l’échelle africaine, comme le montre le classement.
- Impact sur la perception : La communication officielle sur la « force » du Franc CFA repose souvent sur des arguments de stabilité et de crédibilité, mais pas sur une comparaison objective des taux de change.
Conclusion
Le tableau met clairement en lumière que le Franc CFA n’est pas une monnaie « forte » en Afrique en termes de taux de change face au dollar. Sa réputation de monnaie « forte » est davantage liée à sa stabilité qu’à une réelle surévaluation par rapport aux autres devises africaines. Cette stabilité, bien que précieuse, ne doit pas être confondue avec une valeur élevée sur le marché des changes, ni avec une capacité supérieure à soutenir le développement économique.
Laboratoire de recherches économiques et monétaires (LAREM)
Université Cheikh Anta DIOP (UCAD)