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La richesse, l'indépendance et la sécurité d'un pays semblent être matériellement liées à la prospérité des manufactures. Chaque nation devrait s'efforcer de posséder en elle-même tout ce qui est essentiel à son approvisionnement national.

Alexander Hamilton
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Une nation qui ne peut pas fabriquer, extraire, transporter ou raffiner ce dont elle a besoin cède progressivement sa force et sa souveraineté à d'autres.

Scott Bessent (Secrétaire au Trésor américain)
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Défis politiques et techniques de la mise en place de la monnaie unique de la CEDEAO : vers une intégration durable.

  1. Contexte et enjeux politiques du projet de monnaie unique de la CEDEAO
Le projet de mise en place de l’ECO, monnaie unique de la CEDEAO, rencontre plusieurs difficultés. Celles-ci s’expliquent, en partie, par une tension entre deux alternatives majeures, chacune confrontée à des obstacles politiques et techniques. D’un côté, l’alternative portée par l’UEMOA, qui propose d’étendre son modèle aux autres pays de la CEDEAO. De l’autre, celle du Nigeria, qui représente 56%[1] du PIB de l’Afrique de l’Ouest, et qui souhaite bâtir une monnaie unique à l’échelle de toute la CEDEAO, à l’image de l’Afrique du Sud pour la Zone Monétaire Commune (ZMC). De toutes les propriétés reconnues à une zone monétaire optimale, c’est l’intégration politique qui garantit la survie du projet, comme le montrent les expériences vécues à travers le monde. La réussite d’un tel projet ne nécessite pas nécessairement l’adhésion de tous les États candidats, mais plutôt le portage politique d’une poignée de pays leaders, à l’instar du couple France-Allemagne dans l’Union économique et monétaire européenne (UEM). Cela signifie que les projets de monnaie unique en Afrique (généralement) et en Afrique de l’Ouest (particulièrement) peinent à prospérer faute d’États leaders capables d’en assurer la dynamique.
  1. Le défi du portage politique : un enjeu déterminant
Le principal défi à relever pour le projet de monnaie unique est donc le portage politique. Le Franc CFA, par exemple, a survécu à l’indépendance politique des États membres de l’UEMOA en 1960 ainsi qu’aux régimes de changes flottants des années 1980. Historiquement, l’unification monétaire est souvent la conséquence d’une unification politique, comme aux États-Unis, en Italie ou en Allemagne. Selon Glick et Rose (2002), sur 217 expériences d’unions monétaires recensées entre 1948 et 1997, les cas de dissolution sont liés à des chocs majeurs ou à des divergences politiques insurmontables. L’expérience singulière de la zone Franc CFA illustre la volonté des dirigeants africains de préserver un cadre de résistance à la balkanisation du continent. Dans la perspective de la monnaie unique de la CEDEAO, l’ensemble de la sous-région est donc interpellé pour renforcer les cadres de coopération de haut niveau, indispensables à la réussite de ce projet.
  1. Les aspects techniques de la mise en place de la monnaie unique
Sur le plan technique, des mécanismes robustes existent pour la mise en place et la gestion de la monnaie unique, quel que soit le niveau de volonté politique et en fonction du calendrier retenu par les autorités politiques. L’émission monétaire offre aux résidents d’un territoire donné un moyen d’échange, une unité de compte et une réserve de valeur. Pour que la monnaie remplisse pleinement ces 3 fonctions, les autorités monétaires doivent assurer la stabilité des prix et la lisibilité de leur évolution future. Autrement dit, elles doivent ancrer l’inflation et les anticipations inflationnistes des agents économiques sur une référence crédible, ce qui correspond au principe de l’ancrage nominal. Chaque ancrage nominal correspond à un régime monétaire. Parmi ces régimes, on trouve notamment l’ancrage du taux de change, le ciblage de l’inflation, le ciblage de l’agrégat monétaire, ou encore d’autres cadres monétaires.
  1. Classification des régimes monétaires d’après le FMI (2016)
Régime monétaire Définitions et commentaires
Ancrage du taux de change Les autorités monétaires interviennent sur le marché des devises pour maintenir le taux de change à un niveau prédéterminé ou dans un intervalle donné. Le taux de change sert alors d’ancrage nominal ou de cible intermédiaire de politique monétaire. Ce régime peut prendre différentes formes : absence de cours légal séparé, caisse d’émission monétaire, arrimage avec ou sans bandes de fluctuations, rattachement à crémaillère, etc.
Ciblage de l’agrégat monétaire L’autorité monétaire utilise ses instruments pour atteindre un taux de croissance ciblé d’un agrégat monétaire (M1, M2, etc.), qui devient alors l’ancrage nominal ou la cible intermédiaire de la politique monétaire.
Ciblage de l’inflation L’autorité monétaire fixe des cibles chiffrées pour le taux d’inflation à moyen terme, avec un engagement institutionnel à les atteindre. Ce régime implique une communication accrue avec le public et les marchés, ainsi qu’un système renforcé de rapports sur l’atteinte des objectifs. Les décisions de politique monétaire sont guidées par les écarts entre prévisions d’inflation et cibles.
Autre cadre monétaire Pour les pays sans ancre nominale explicitement spécifiée, la politique monétaire repose sur un ensemble d’indicateurs variés pour guider ses décisions.
Source : Rapport annuel du FMI sur les protocoles de taux de change (2016). Conclusion Le projet de monnaie unique de la CEDEAO est confronté à des défis politiques majeurs, notamment le manque d’États leaders capables d’assurer son portage politique, ainsi qu’à des enjeux techniques liés à la définition du régime monétaire approprié. L’expérience historique montre que l’intégration politique est la clé de la réussite d’une union monétaire. Sur le plan technique, plusieurs mécanismes et régimes monétaires existent pour accompagner la mise en œuvre de cette monnaie unique, à condition que la volonté politique soit suffisamment forte pour les soutenir. [1] Part du PIB moyen du Nigeria dans la CEDEAO sur la période 2020-2024. Calculs de l’auteur à partir de World development indicators (Banque mondiale, juillet 2025).

Dr. Madaniou DIEME

Laboratoire de recherches économiques et monétaires (LAREM) Université Cheikh Anta DIOP (UCAD)