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La richesse, l'indépendance et la sécurité d'un pays semblent être matériellement liées à la prospérité des manufactures. Chaque nation devrait s'efforcer de posséder en elle-même tout ce qui est essentiel à son approvisionnement national.

Alexander Hamilton
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Une nation qui ne peut pas fabriquer, extraire, transporter ou raffiner ce dont elle a besoin cède progressivement sa force et sa souveraineté à d'autres.

Scott Bessent (Secrétaire au Trésor américain)
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Du Franc CFA à l’Eco : construire la monnaie unique ouest-africaine pas à pas.

Le défi fondamental à relever pour mettre en place la monnaie unique de la CEDEAO consiste d’abord à amener l’UEMOA (éventuellement représentée par la Côte d’Ivoire et le Sénégal) du fait de son expérience de la monnaie commune ou le Nigeria qui contribue pour plus de la moitié du PIB de la CEDEAO, à engager une masse critique du reste des pays à jouer un rôle plus actif dans l’aboutissement du projet.
  • L’expérience de l’UEMOA comme union monétaire et celle du Nigeria comme Etat fédéral établissent que la convergence totale des économies de la CEDEAO, avant la mise en place de la monnaie, serait un avantage mais n’est pas une condition sine qua non ;
  • des chocs ont eu lieu et continueront à avoir lieu dans les économies de l’UEMOA et dans les Etats du Nigeria ; des mécanismes d’absorption de ces chocs ont eu sans aucun doute à fonctionner ; l’enjeu pour le futur est de les améliorer à l’échelle des Etats et au niveau communautaire.
Sous les orientations de la volonté et du leadership politiques engagés, les expériences de l’euro et de la monnaie chinoise pourraient inspirer la conduite technique du processus de mise en place de la monnaie de la CEDEAO :
  • dans une première phase, une unité de compte de la CEDEAO (UCC) pourrait être instituée, sur la base d’un panier de devises (dollar US, euro, autres monnaies) à l’image de l’ECU qui a précédé l’euro. Pendant cette phase, l’UCC serait calculée périodiquement et le résultat porté à la connaissance des Banques centrales en activité dans la CEDEAO. Sur la base des résultats obtenus, une instance à désigner ferait des suggestions aux Etats sur les réformes et politiques à mettre en œuvre pour plus de convergence entre les économies de la CEDEAO en termes de stabilité macroéconomique, de croissance et de convergence nominale. Eventuellement, des corrections pourront être apportées à la composition du panier de devises et au mode de calcul de l’UCC vers la fin de cette phase ;
  • dans une deuxième phase, une bande de fluctuation serait fixée à l’UCC et à chacune des monnaies des Etats par rapport à l’UCC. Pendant cette phase, une attention plus stricte serait portée aux efforts faits par les Etats pour maintenir le taux de change de leur monnaie à l’intérieur de la bande de fluctuation et aux mesures qui pourraient favoriser la convergence réelle ;
  • dans une troisième phase, les bandes de fluctuation des monnaies autour de l’UCC seraient supprimées et les Etats tenus de maintenir le taux de change de leur monnaie dans la seule bande de fluctuation de l’UCC et de réaliser les réformes qui pourraient renforcer la convergence nominale, réelle et structurelle. La fin de cette troisième serait marquée par la mise en place de la monnaie unique et du cadre institutionnel de gestion des réserves de change mises en pool au niveau de la Banque centrale de l’Afrique de l’Ouest.
La mise en œuvre des réformes politiques et économiques ainsi que la mise en place des institutions nécessaires pour faire de la CEDEAO une zone monétaire optimale pourraient se poursuivre après l’adoption de la monnaie unique. Pendant les trois phases évoquées ci-avant, l’on aura besoin de mettre en place les conditions préalables indispensables, en capitalisant l’expérience de l’UEMOA. En conclusion, avec ou sans le projet de monnaie unique de la CEDEAO, l’UEMOA devrait prendre de nouvelles initiatives dans le sens de renforcer le processus d’intégration budgétaire, économique et politique attendue dans le cadre d’une union monétaire. Les réformes à entreprendre dans la gestion et l’allocation des réserves de devises et le cadre de convertibilité de la monnaie pourraient se faire à la faveur de ces initiatives ou de la mise en œuvre du projet de monnaie unique de la CEDEAO. C’est ici que l’UEMOA, la CEDEAO plus tard, doit faire preuve de flexibilité politique face aux exigences l’Alliance des Etats du Sahel (AES). Le projet de monnaie unique de la CEDEAO a besoin de capitaliser l’expérience de l’UEMOA (tout en reconnaissant le nouveau contexte sous-régional) et le poids du Nigeria, du Ghana et éventuellement de la Guinée, pour tirer le reste des Etats dans un processus maîtrisé de mise en place d’une monnaie commune aux Etats membres.

Dr. Madaniou DIEME

Laboratoire de recherches économiques et monétaires (LAREM) Université Cheikh Anta DIOP (UCAD)